Libérez-nous des syndicats et enchaînez-nous à la pauvreté

Marc-André Blanchette Uncategorized

Après la lecture du bouquin d’Éric Duhaime, je me suis dit que je devais réagir.

Quelques prémisses véhiculées dans son bouquin:

  1. Le syndicalisme est une entrave au développement économique.
  2. Le Québec présente une mauvaise performance de développement économique.
  3. Donc, si nous réduisons la présence des syndicats, l’économie se portera mieux.
  4. Et enfin, si l’économie du Québec se porte mieux, c’est tout le Québec qui ira mieux.

Des mythes déconstruits :

1) Comment se portent les investissements des entreprises en matière de main d’œuvre? Les investissements pour augmenter la productivité de la main d’oeuvre au sein des entreprises sont au neutre, celles-ci se contentent de couper les emplois et de rationnaliser pour remplir convenablement les actionnaires. Malgré les réductions d’impôt massives qu’elles ont reçu, elles n’investissent pas plus. Qui assume les frais de formation de la main d’œuvre dans ce cas? Au moment où nous nous parlons, c’est la société civile. La hausse de productivité de la main d’oeuvre provient du secteur public, puisque les corporations sont déjà ailleurs, à délocaliser massivement les emplois manufacturiers.

Comment pouvons-nous nous assurer de favoriser la consommation, si les travailleurs ne peuvent avoir un salaire décent. Si le développement économique ne profite qu’à une poignée de gens, à quoi bon rejeter le droit d’association et la négociation collective? Sans partage équitable de la prospérité, les syndicats sont parfaitement justifiables, sur le plan économique, éthique et surtout dans l’objectif de  préservation de la paix sociale. Même si le syndicalisme ne garanti pas une courbe de croissance de profit pour les actionnaires avares, il garantit au moins que les employés qui supportent le modèle de consommation puissent le faire.

2) Nous sommes des chefs de file en matière d’innovation dans les entreprises coopératives, dans l’économie sociale. On entend souvent que notre taux d’entrepreneurship n’est pas assez élevé. Essayez de partir en affaire et d’épargner avec un emploi qui ne paie pas, comment pourriez-vous partir en affaire sans épargne? La précarité dans laquelle les gens sont laissés les empêchent d’épargner et donc, de partir en affaires. Pour partir en affaires, on doit prévoir, anticiper, et ce n’est pas la main invisible qui fournit les moyens nécessaires à un entrepreneur pour démarrer.

L’objectif de croissance ne doit pas devenir un prétexte pour détruire l’environnement et mettre tout le monde en situation de précarité. À quoi bon la croissance sans partage de la prospérité? En ce qui concerne la croissance économique, n’oublions pas l’impact des mesures d’austérité dénoncées par des prix Nobel d’économie comme Joseph Stiglitz et Paul Krugman. Ils ont expliqué que les coupures massives sont des vecteurs de stagnation économique sinon de décroissance. Et ils ont raison. Le FMI le confirme, l’austérité est une erreur de calcul.

3) Cette corrélation n’existe pas sur le plan scientifique : n’oublions pas le coût de la pauvreté qui représente plus de 40 milliards par an au Canada seulement. La pauvreté ajoute une pression inutile sur la santé publique et sur l’ensemble des services publics et on ressent l’incidence dans les budgets gouvernementaux. C’est une pression dont nous pourrions nous passer si tous les emplois étaient bien rémunérés et le profit mieux réparti.

Certes, les syndicats ne sont pas parfaits, mais visent en général une répartition plus juste de la plus-value du travail. Mieux les gens seront rémunérés, plus ils paieront de l’impôt et plus le fardeau fiscal sera partagé équitablement entre les contribuables, en espérant que nous arriverons à taxer les plus riches.

4) Nous avons là la thèse de Ronald Reagan du trickle down economics qui a mené les États-Unis vers un gouffre financier énorme. Une polarisation des revenus sans précédent et une pauvreté que nous ne pouvions retrouver qu’avant l’ère préindustrielle. L’espoir que le succès des riches se fera ressentir dans l’ensemble de la société. Qui n’a jamais pu être démontré scientifiquement, alors que l’impact des bons emplois et des bons salaires sont déjà prouvés scientifiquement. Si nous voulons que l’effet positif des riches se fasse ressentir dans l’ensemble de la société, arrangeons nous pour que tout le monde soit riche. Il est quand même paradoxal que ceux qui défendent l’impact positif des riches sur la société ne disent pas que tout le monde devrait être riche.