Démentir l’effet du ruissellement de la richesse (2010)

Marc-André Blanchette Économie, Finances publiques, Politique

On entend souvent parler du trickle down effect, notamment chez les tenants de la pensée conservatrice. L’effet trickle down est expliqué comme suit : si une personne ou une organisation dégage des profits ou du revenu de ses activités, ce sera bénéfique pour l’ensemble du bien commun. C’est-à-dire que les profits servent à créer des investissements qui seront bons pour l’ensemble des concitoyens.

N’y voyez pas ici une croisade personnelle contre les grandes entreprises. Leur mandat premier est de dégager un profit, leur second de répondre à un besoin. Serions-nous prêts à assumer qu’il n’est pas le rôle des entreprises de dicter au pouvoir politique ce qui est la meilleure stratégie au niveau de l’intérêt public.

Là n’est pas la mission d’une entreprise.

Or, l’État n’est pas une entreprise non plus. Le trickle down s’inscrit très bien dans une logique d’entrepreneuriat, mais ne peut s’extrapoler dans les politiques publiques d’un État. Il est tout à fait normal qu’un État dépense, il est un organe de soutien, qui pallie aux problèmes temporaires et essaie de trouver le consensus au travers des positions contradictoires.

Mon inquiétude se cristallise dans les graphiques de la Banque du Canada.

Il advient que les investissements privés ne sont pas en hausse autant que prévue, suite aux baisses d’impôt massives accordées par le gouvernement conservateur. Ce qui signifie donc que les baisses d’impôts ne sont pas aussi providentielles que prévu pour l’économie canadienne.  Nouvel article aujourd’hui dans LaPresse qui explique que le taux de chômage est en augmentation au niveau canadien. Ce que l’on doit comprendre des données sur l’emploi, c’est qu’elles sont basées sur des indicateurs qui ne parlent pas de la qualité de l’emploi qui est déniché. Il se peut dès lors que l’emploi en question soit à temps partiel et occasionnel, voire précaire : ce n’est pas moins un emploi pour autant. Si nous ajoutons la qualité de l’emploi aux facteurs déterminants des statistiques sur le chômage, je suis tout à fait certain que nous aurons de mauvaises surprises.

À titre d’exemple, les employés du Recensement, cet été, ont artificiellement gonflé les statistiques sur l’emploi. Ne vous méprenez pas, je considère qu’ils font un travail très important pour la santé démocratique du Canada : mais il reste qu’ils ont temporairement changé de statut pour joindre les rangs de la population active.

Des données déphasées de la réalité du marché du travail

Les données sur le marché du travail sont incomplètes, notamment à cause des indicateurs utilisés :

Nous devons ajouter des indicateurs comme le salaire net, le nombre d’heures travaillées dans les données sur le chômage.

Si nous continuons à évaluer le pourcentage de chômage de la sorte, nous nous dirigeons vers la création de statistiques sur l’emploi qui relèvent du flou artistique ou de la comptabilité créative. Si nous conservons les mêmes indicateurs statistiques sur le chômage, rien ne nous empêche de créer 5 millions d’emplois à 10 heures/semaine. De la sorte, la précarité d’emploi n’existe pas et tout va bien, madame la marquise. Des indicateurs comme le plein emploi ne sont pas suffisants pour expliquer la dynamique du marché du travail, c’est beaucoup trop incomplet.

Si notre objectif est de régler le problème de précarisation de l’emploi, nous avons deux options : soit ajouter des variables au phénomène de chômage ou redéfinir ce qu’est un chômeur et le chômage. Autrement, rien n’empêche le gouvernement de couper deux emplois de qualité pour en créer 7 ou 8 (théorie du travail partagé).

Pourquoi en sommes-nous rendus là?

Nous nous sommes laissés convaincre par ceux qui ont le plus de moyens que nous pouvions augmenter nos moyens par les avantages absolus du commerce international et de la croissance globale. La réalité c’est que la croissance globale a une tendance naturelle à en favoriser quelques-uns et en défavoriser plusieurs. J’observe cependant qu’il y a renversement de situation entre les favoriser et les défavoriser sur le plan étatique. Les pays en émergence récoltent une grosse part des échanges commerciaux mondiaux, soit par de la concurrence fiscale injuste, des abris fiscaux, de la règlementation déficiente, du cheap labor ou des possibilités de croissance sur le marché boursier.

L’argument de psycho-pop qu’on nous véhicule sur le champ théorique de la réussite économique est aussi très à risque. On nous dit que tout le monde peut réussir, que c’est une question d’effort. Or, la conjoncture est aussi importante que les efforts qui sont fournis. Une entreprise prospère l’est soit par chance, par effort ou par conjoncture ou l’ensemble de ces réponses. Il n’y a rien de magique dans la réussite entrepreneuriale, mais se dire que seul l’optimisme et la visualisation suffit, nous mène dans l’erreur.

On doit considérer que la possibilité de changer de carrière ou de classe sociale n’est pas accessible à tous, compte tenu des différentes conjonctures économiques qui y sont soit favorables soit défavorables.