Les Japonais, le moteur-roue, le Canada et la Révolution industrielle… (2010)

Marc-André Blanchette Uncategorized

Suite à la lecture de l’article de Louis-Gilles Francoeur dans Le Devoir, je me suis posé une question: le Québec n’avait-il pas développé le moteur-roue dans les années 90? En effet, Pierre Couture avait développé ce moteur en 1994, chez TM4, une filiale d’Hydro Québec. Le projet visait à réduire et par la suite faire disparaître la dépendance au pétrole.

Malheureusement, le brevet du projet a eu le temps de périmer avant que le marché ne s’adapte à la réduction de la dépendance au pétrole. Il semblerait que les gouvernements sont tellement dépendants de l’entreprise pétrolière que ceux-ci évitent systématiquement les mesures plus vertes, question de conserver de bons liens avec l’Arabie Saoudite. Plusieurs secteurs d’activités économiques sont aussi dépendants des combustibles fossiles, par exemple, les manufacturiers de pièces pour moteurs à essence, les grandes pétrolières, les garages et les grandes entreprises automobiles.

On ne peut reprocher aux Japonais d’avoir commercialisé nos idées. Si nos gouvernements nord-américains et nos marchés ne sont pas prêts à réformer la politique énergétique pour réduire la dépendance aux énergies fossiles, le gouvernement japonais, lui, est prêt à soutenir les entreprises vertes.

Cependant, la problématique est plus profonde que le simple fait que les États refusent d’adopter tranquillement des mesures favorisant une réduction des gaz à effet de serre. La problématique vient du fait que les entreprises de la vieille garde fossile ont de bons lobbies et qu’ils n’ont pas de dépendance aux politiques domestiques des États.

Le cartel fossile a accès à une grande mobilité de son capital. Il génère tellement de profits qu’il peut se payer un tax planning par les meilleurs comptables du «big four». Ils peuvent également, grâce à la mobilité de leurs capitaux, délocaliser à souhait sans avoir à rendre de comptes aux États domestiques. Les gouvernements occidentaux étant dépendants des marchés reliés au pétrole, ils en sont les protecteurs et les subventionnent même. On dit souvent que c’est par choix, mais je ne suis pas si sûr que le choix est possible, notamment au Canada, où le transport est très primordial. Le commerce canadien est rendu possible grâce au transport. Il semble que le problème canadien soit lié au marché : il n’a pas la vitesse d’adaptation à laquelle certains économistes s’attendent.

Il me semble que le gouvernement n’a pas envie de réformer les systèmes de transport. Comme dit le vieil adage : «if it ain’t broke, don’t fix it». C’est la raison principale pour laquelle les gouvernements nord-américains ne touchent pas au «modèle fossile».

L’importance du présent dans la démocratie représentative moderne est aussi un facteur qui vient limiter la transition vers des moyens de transport plus verts et par conséquent vers une économie plus verte. Les enjeux électoraux sont en concurrence et les médias préfèrent parler de coalitions et de régimes de retraite plutôt que du fardeau que nous laisserons aux prochaines générations. Qu’est-ce qu’on fait?

Les dirigeants sont-ils à la solde de grands intérêts privés? Je ne crois pas, mais comme tout le monde ils sont soumis à la conjoncture du marché. De manière générale, les gouvernements nord-américains sont victimes de leur marché et le marché, tout comme l’État, est caractérisé par un mouvement de résistance aux changements. On présuppose que l’État est un dinosaure, ce qui n’est pas nécessairement faux. Mais de prétendre que le marché s’adapte facilement est une erreur:  une quinzaine d’entreprises ont cumulé des actifs estimés à 3 400 milliards de dollars, ce qui nous laisse croire que le marché est en fait de moins en moins flexible.