Les selfies de M. Trudeau

Marc-André Blanchette Économie, Finances publiques, Politique

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Force est de constater que le mode selfie ne peut élucider tous les mystères entourant un nouveau chef d’État. Après un bon bout de temps à la tête du pays, on voit très bien le changement de ton avec le précédent gouvernement, là-dessus, c’est mission accomplie. La lune de miel se poursuit. Cela étant dit, sommes-nous prêts à éviter les questions qui méritent des réponses par empathie pour un homme qui apprend à mesure qu’il avance?

La réponse à cette question légitime n’est pas simple. D’un côté: constat manifeste, il y a un flou important autour des positions politiques de M. Trudeau. Attend-t-il de mesurer la température de l’eau avant de plonger? Mon intuition me dit qu’il attend pour faire un état de la situation, mais à quel prix. Jusqu’à quand la lune de miel avec l’électorat canadien pourra-t-elle durer? Des signes de fatigue pointent à l’horizon, notamment sur la question des réfugiés syriens. Également, ceux que nous appelerons les écologistes impatients (à tort ou à raison), s’impatientent de son laxisme à établir les cibles pour mener la lutte aux GES.

À quel point est-il apte à respecter les promesses électorales? Pour l’instant, il a proposé la parité dans son cabinet: c’est choses faite, n’en déplaise aux détracteurs. Il a aussi tenu sa promesse de rétablir les crédits d’impôts aux fonds de travailleurs. D’un autre côté, il s’était engagé à réouvrir les centres d’aide aux aux anciens combattants, et là-dessus, il y a un cafouillage qui va certainement lui nuire. Des responsables du ministère des Anciens combattants avancent qu’il rétablira les centres, alors que d’autres avancent que le gouvernement a reculé sur cette proposition.

Même si nous sommes témoins de bonne foi, n’oublions pas que la fermeture du gouvernement Harper était plutôt exceptionnelle, au point tel que de tenir un point de presse et d’y inviter des journalistes aurait des airs de Disneyland. Sans trop en demander dans les délais courts entre les élections et l’heure actuelle, formulons des obligations fermes de respecter les engagements électoraux. La présence à Paris n’a pas été porteuse de résultats probants sur la lutte aux changements climatiques, mais cela ne relève pas du mandat du premier ministre du Canada. Il a bien joué son rôle en mettant de l’avant le retour du Canada à l’intérieur des alignés de la lutte aux changements climatiques, cependant, nous n’avons toujours aucune idée de l’endroit où il veut aller.

Là où l’harmonie se brise dans la chorale libérale, c’est du côté du ministère des Finances de M. Morneau. On nous dit (sensation de déjà-vu) que l’état des finances publiques est plus mauvais que prévu. Aurons-nous droit aux «choix difficiles» habituels, aux vieux adages cyniques pas si lointains : «l’ancien gouvernement nous a laissé une situation intenable»? Cela reste à déterminer. Mais hors de tout doute raisonnable, il faut se dire encore une fois que la politique est une question de choix. Qui sait, peut-être les libéraux fédéraux en viendront à détonner suffisamment  des libéraux provinciaux pour que Philippe Couillard finisse par être perçu pour ce que son parti représente vraiment: le parti progressiste conservateur du Québec.

Un travail de polissage est nécessaire, et le gouvernement doit arriver à faire comprendre ses projets aux gens pour que ceux si joignent le pas. Nous avons besoin d’un leader et non d’un figurant. C’est là tout le défi de M. Trudeau, entre la perche à selfie et l’institution du premier ministre du Canada. Je n’irai pas jusqu’à demander s’il y a un pilote dans l’avion, mais je serai certainement en mesure de demander vers où celle-ci se dirige.