Pensée unique ou anti-féminisme?

Marc-André Blanchette Politique

Féminisme

©Garnotte

Lors des derniers jours j’ai eu la chance d’observer quelqu’un se mettre les pieds dans les plats. La question de base était simple, mais relève d’une compréhension tronquée de ce qu’est le féminisme. N’étant moi-même pas versé dans les études féministes, je me suis décidé, après y avoir pensé à deux fois, de m’adresser à la question de la convergence de la pensée.

Lorsque la vice-première, la ministre de la Justice et Mme Bazzo refusent l’étiquette de féministes, c’est parce qu’elles ne veulent pas être “tagguées”. Pour le commun des mortels, la symbolisation du féminisme assumé en est un de folklore: le poil sous les aisselles, la moustache, l’habillement en genre neutre. Ce modèle, qui comme partout dans la société, tend à être marginalisé rapidement, par la force de la volonté de convergence idéologique. La question centrale ici, c’est la représentation qu’ont M. et Mme Tout le monde de ce qu’est une féministe. Je suis moi-même pro-féministe, même si j’ai la fâcheuse caractéristique d’être un outil de patriarcat. C’est dommage, mais je n’en ai pas décidé ainsi.

Le féminisme assumé, comme toutes les tendances perçues comme radicales: anarchisme, libertariannisme, communisme et même socialisme (particulièrement chez nos voisins du sud), personne ne veut s’y associer. Vous aurez certainement remarqué que j’exagère sur les tendances dites “radicales”, mais il n’en demeure pas moins que dans le folklore populaire, le féminisme et la sorcellerie sont de très proches cousins.

Petit rappel: le féminisme renvoit à la lutte contre le patriarcat, l’accession au droit de vote pour les femmes, par exemple. Se dire égalitariste est de déclarer forfait sur la lutte qui se poursuit: il n’y a pas moins de vieux monsieurs blancs sur les conseils d’administration qu’auparavant. C’est pour cela qu’il faut continuer à demander que les femmes puissent prendre leur place. Le fait qu’aucune femme n’ait jamais obtenu de funérailles nationales au Québec, en est un exemple assez éloquent. Il suffit de suivre la page “Décider entre hommes” pour s’en convaincre, d’aller visiter un chantier de construction, une shop, un hôpital et j’en passe. C’est un constat de tous les jours, les femmes ne sont pas libres d’exercer le métier qui leur tente. Même si elles l’étaient, elles n’ont pas la chance d’être dans le “boys club” qui signe des gros contrats au club de golf.

Ce n’est pas en stigmatisant et en disant que “je ne suis pas comme elle” que l’agenda des femmes pourra progresser dans l’espace public. La prise de position de ces femmes influentes va beaucoup plus loin que cela et démontre une peur de stigmatisation. Comme par exemple, quand je propose une bonification de la Régie des rentes du Québec, on me traîte de communiste, sans compréhension aucune de ce qu’est le communisme ou même la Régie des rentes du Québec. Les gens veulent un jugement immédiat et n’ont pas le temps de comprendre, ou veulent simplement être confortés dans leurs préjugés. Les gens préfèrent entretenir la mythologie entourant les féministes et autres marginalisés du système de pensée unique. Sommes-nous vraiment si loin de la chasse aux sorcières?

Ce que je crois sincèrement, c’est que les femmes d’influence qui se sont prononcées sur la question du féminisme, ce sont prononcées en faveur d’un féminisme inoffensif et empreint de rectitude politique, individualisé, pour ne pas frustrer les penseurs linéaires qui continuent de mettre toutes les féministes dans le même panier et pas trop loin de la conception d’une sorcière en contexte de clergé moyenâgeux.

La pensée convergente est si forte que plusieurs femmes d’influence, individualisant la misère au lieu de lutter collectivement pour une plus grande représentation dans les instances importantes,  en viennent à penser que le genre ne change rien et que les chances sont égales pour tout le monde. Ça, c’est énormément plus grave que de rejeter le féminisme, c’est simplement de faire semblant que les inégalités n’existent pas et que tout le monde a une chance égale de réussir. Comme des enfants, se convaincre d’un mensonge en le répétant pour le transformer en vérité.