CGT Fonction publique

Les “gras durs” de la fonction publique

Marc-André Blanchette Finances publiques, Politique

Chaque semaine, j’entends la même chanson à la télévision, à la radio, au café du coin, de fait, pas mal partout.

En tant qu’étudiant en administration publique je suis bien placé pour articuler une réponse tout à fait correcte, mais le temps fini toujours par me manquer pour bien l’expliquer. Alors voici pour tout le monde, une présentation des “gras durs” de la fonction publique. On s’entend, c’est un sommaire.

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais les emplois de la fonction publique, malgré une augmentation importante du nombre de gens à desservir au sein de la population générale, sont de moins en moins nombreux. La politique de dotation effective fait en sorte que pour chaque deux personnes qui partent à la retraite, une seule personne fera le saut dans la fonction publique pour la remplacer.

Autrement, on peut remarquer que la teneur des régimes de pensions, par exemple ceux du palier municipal, dont le risque est maintenant exclusivement assumé par les travailleurs, est significativement réduite. En évoquant à toutes les sauces le “contexte économique difficile”, les responsabilités inhérentes à la bonne gestion des finances publiques, on charcute les bénéfices, les assurances, les fonds de retraite, tous les bénéfices marginaux pour finalement en arriver à l’emploi de fonctionnaire lui-même. Toutes les excuses sont bonnes pour se débarasser de celui qui administre le bien public. Il serait passablement facile d’évoquer contexte de non-entretien de nos infrastructures publiques qui tombent en morceau. Il s’agit de l’absence d’entretien de nos infrastructures humaines au sein de l’administration publique. Les serviteurs du public sont dans une très mauvaise posture pour revendiquer, la surcharge de travail au bureau ne passe pas au nouvelles comme la super-poutre du pont Champlain. Ceux et celles sont aux prises avec l’épuisement professionnel, ce n’est pas aussi intéressant que les émissions de variété.

Pour les sceptiques, le fonctionnaire permanent, c’est  en voie de disparition. Vous vous en réjouissez? C’est très dommage, parce que la qualité des services est affectée. De la sous-traitance, vous savez ce que ça fait pourtant. Des emplois qui étaient autrefois payés convenablement avec des avantages sociaux intéressants, seront maintenant à statut précaire et mal payés. Le tout pour faire plaisir aux agences de placements qui se paient à même le salaire des recrutés. Les politiques de dotation du conseil du trésor sont bien arrangées, pour que la personne soit à statut précaire, sans sécurité d’emploi, sans pension, sans assurances. C’est la nouvelle façon de faire avec la sous-traitance dans le secteur public. Imaginez que les agences de placement qui embauchaient des infirmières embauchent maintenant tout le personnel de l’administration publique. Croyez-vous que les agences vont se priver de charger le gros prix? Mon appréciation personnelle: ça va coûter encore plus cher, et ce ne sont pas nos professionnels qui vont en profiter, ça va être encore les parasites du système.

Un constat central s’impose, nous nous demanderons bientôt (même parmi les étudiants en administration publique) de qui vous parlerez lorsque vous parlerez de “gras durs”. Des gras durs sans assurances, sans pensions, sans sécurité d’emploi, et surtout, sans-emploi, ou encore stagiaire non-rémunéré. Parce que par attrition, tous ceux et celles qui aspirent à la fonction publique, par conviction comme moi, seront pris au piège et ne pourrons jamais faire ce travail de serviteur de l’intérêt public. À moins d’accepter de faire un salaire de crève-la-faim et d’être dans la certitude d’une seule chose: ne jamais obtenir sa permanence.

Chers amis, lorsque je vous entends chialer parce que quelqu’un a un fond de pension, non-seulement je vous trouve d’une jalousie à me faire crever de honte, mais également, je me rends compte que vous défendez l’impunité de gens qui obtiennent l’équivalent d’un siècle du fonds de pension d’un fonctionnaire en un seul chèque de prime de séparation. Vous avez plus de facilité, comme d’habitude à vous en prendre au petit qui ne peut pas se défendre, parce qu’il a un devoir de réserve imposé par son travail. Parce que c’est aussi ça, le service public. Se la fermer et faire son travail, sans faire de petite politique sur le dos des autres.